Je me tus et soulevai un coin du pansement. Mes mains tremblaient de rage. Le plus vieux des deux flics laissa échapper un petit sifflement. « Pour moi, ça va. Qu’est-ce que tu en dis, Carl ?
— Pour moi aussi. Qu’est-ce qu’il vous est donc arrivé, ma petite dame ?
— Dis-le-leur, Sam.
— Vous vous en êtes bien tirés, remarqua le plus âgé des flics quand j’eus fini. Soit dit sans vous offenser. Alors maintenant c’est des chats ? Pour les chiens, ça je savais. Les chevaux, d’accord. Mais on ne croirait pas qu’un chat aurait pu avoir de ces saletés-là. Nous qui avions un chat, maintenant va falloir qu’on s’en débarrasse. Ça ne va pas faire plaisir aux gosses.
— Je suis navrée, dit Mary.
— Que voulez-vous, les temps sont durs pour tout le monde. C’est bon, vous pouvez passer.
— Attendez une minute, dit le premier. Tu sais, Ski, si elle se balade dans les rues avec ces machins-là sur le dos, elle a bien des chances de se faire descendre. »
L’autre se gratta le menton. « Ça, c’est vrai, dit-il. Va falloir qu’on vous dégotte un panier à salade. »
C’est ce qu’ils firent. Je réglai la location de mon vieux clou d’autavion et accompagnai Mary jusqu’à l’entrée de la Section qui lui avait été assignée par le Patron. Elle se trouvait dans un hôtel, et on y accédait par un ascenseur particulier. J’y montai avec elle pour éviter des explications inutiles, mais en sortis après qu’elle eut quitté l’ascenseur un étage plus bas que les boutons de manœuvre visibles ne le laissaient prévoir. J’avais bien envie de rentrer avec elle, mais le Patron m’avait enjoint de passer par l’entrée K 5.
J’avais aussi bien envie de remettre mon short. Dans le panier à salade, et au cours du bref trajet que nous avions fait pour gagner la porte de service de l’hôtel, entourés d’un groupe de policiers qui évitaient ainsi à Mary de se faire tirer dessus à vue, ma nudité m’avait été à peu près indifférente. Mais il faut un sacré courage pour affronter le monde seul et sans pantalon.