— C’est déjà ça, grognai-je, tout en suivant Mary qui descendait déjà dans l’astronef avec l’aide du Patron.

— Attention à ta tête, me recommanda-t-il, la voûte est très basse d’un bout à l’autre. »

C’est un truisme de dire que les objets fabriqués par des races non humaines n’ont eux-mêmes rien d’humain, mais bien peu d’hommes ont jamais mis les pieds à l’intérieur d’un labyrinthe vénusien et il en est moins encore qui aient vu les ruines martiennes – et je n’étais pas du nombre. Je ne sais pas à quoi je m’attendais. À première vue, l’intérieur de la soucoupe n’était pas, me sembla-t-il, trop ahurissant, mais il était étrange. Il avait été conçu par des cerveaux inhumains qui ignoraient toutes les notions humaines en matière de construction, qui, par exemple, n’avaient jamais entendu parler de l’angle droit, ni de la ligne droite, ou les regardaient comme inutiles ou indésirables.

Nous nous trouvions dans une petite pièce ovale ; de là, nous rampâmes dans un tube d’environ un mètre cinquante de diamètre qui semblait s’enfoncer dans les entrailles de l’astronef et brillait sur toute sa surface d’une lueur rougeâtre.

Une odeur bizarre et assez troublante, rappelant un peu celle du gaz des marais flottait dans le tube ; elle était mélangée à la puanteur des larves mortes. Ce fait, joint au reflet rougeâtre et à l’absence totale de sensation calorifique, quand je posais la paume sur les parois du tube, me donnait la désagréable impression de ramper dans les entrailles d’un monstre d’un autre monde, bien plutôt que dans l’intérieur d’une machine inconnue.

Le tube se séparait en deux branches, comme une artère. Ce fut à cet embranchement que nous découvrîmes notre premier androgyne titanien. Il (appelons-le « il » pour plus de commodité) était étendu sur le dos comme un enfant endormi, la tête calée sur son parasite. Un semblant de sourire flottait sur sa petite bouche pareille à un bouton de rose. Je ne réalisai pas tout de suite qu’il était mort.

Au premier abord, les similitudes existant entre les Titaniens et nous sont plus frappantes que les différences, mais c’est parce que nous imprimons sur ce que nous voyons les caractéristiques mêmes que nous nous attendons à y voir. Prenez par exemple la petite « bouche » de cet être : pouvais-je me douter que c’était un organe qui chez eux ne servait qu’à la respiration ?

Pourtant, malgré certaines ressemblances fortuites entre les Titaniens et nous, dues surtout au fait qu’ils ont quatre membres et une protubérance semblable à une tête, nous ne leur ressemblons pas plus qu’une grenouille-bœuf ne ressemble à un petit chien. Cependant leur aspect général n’est pas désagréable et reste vaguement humain. Ils me faisaient penser à des elfes ; c’étaient les elfes des lunes de Saturne.

En voyant le petit être, j’avais tiré mon pistolet. Le Patron se retourna. « Ne t’affole pas, me dit-il. Il est mort. Ils sont tous morts, étouffés par l’oxygène de notre atmosphère quand le tank a démoli leur écluse. »

Je tenais toujours mon pistolet à la main. « Je vais brûler la larve, insistai-je. Elle vit peut-être encore. »