« Vous le connaissez ? me demanda le colonel.
— Pas exactement, mais ces temps-ci, j’ai eu assez souvent l’occasion de l’approcher pour raisons de service. Je l’ai vu ce matin encore.
— Hé, hé, dit le colonel, moi je ne l’ai jamais rencontré. Vous fréquentez des milieux plus élevés que moi, cher monsieur. »
J’eus beau lui expliquer que ce n’était qu’un simple hasard, il me manifesta à partir de ce moment une considération accrue. Il me parla bientôt du travail dont s’occupait le laboratoire où nous nous trouvions. « À l’heure actuelle, nous connaissons mieux ces créatures que le diable en personne. Mais malheureusement il y a encore un hic : nous ne savons toujours pas comment les tuer sans tuer en même temps leurs porteurs.
« Naturellement, continua-t-il, si nous pouvions les attirer une à une dans un petit coin et les anesthésier, on pourrait sauver les porteurs – mais c’est toujours la vieille histoire du grain de sel à mettre sur la queue des oiseaux. Je ne suis pas un savant, moi – au fond, sous un autre nom, je ne suis qu’un vulgaire flic – mais j’ai parlé à des savants. Nous menons une guerre biologique. Ce qu’il nous faut c’est un microbe qui s’attaquera à la larve mais pas au porteur. Ça a l’air tout simple, hein ? Nous connaissons une centaine de micro-organismes qui tuent les larves ; ceux de la variole, du typhus, de la syphilis, de l’encéphalite léthargique, du virus d’Obermayer, de la peste, de la fièvre jaune et j’en passe… Mais ils tuent le porteur en même temps.
— On ne pourrait pas utiliser une maladie contre laquelle tout le monde serait immunisé ? Tout le monde a été vacciné contre la typhoïde. Et presque tout le monde contre la variole…
— Ça ne donnerait rien. Si le porteur est immunisé, le parasite n’est pas atteint. Maintenant que les larves ont développé cette cuticule protectrice qui les enveloppe, c’est le porteur qui représente leur milieu vital. Non, il nous faut quelque chose que le porteur puisse attraper et qui tue la larve sans donner au porteur autre chose qu’une légère fièvre. »
J’allais répondre quand j’aperçus le Patron sur le pas de la porte. Je m’excusai et courus vers lui. « Sur quel sujet t’interrogeait donc Kelly ? me demanda-t-il.
— Il ne m’interrogeait pas, répliquai-je.
— Que tu crois ! Tu sais de quel Kelly il s’agit ?