Le Patron m’ordonna de raconter tout ce que j’avais fait et vu au cours de notre mission. Quand j’en vins à l’exécution du pauvre Barnes, je cherchai à me guider sur son expression, mais il n’en avait aucune. J’omis donc de dire que j’avais agi sur son ordre, et laissai entendre que j’avais tiré pour défendre un autre agent quand j’avais vu Barnes prendre son pistolet.

« Ne passe rien », m’ordonna le Patron.

Je précisai donc que c’était le Patron qui m’avait dit de tirer. Le Président lui jeta un coup d’œil en coin. C’était la première manifestation d’intérêt qu’il se permettait. Je continuai en parlant du parasite, et je m’arrêtai quand je fus arrivé à l’instant où nous nous trouvions, personne ne m’ayant dit de le faire plus tôt.

Le tour de Mary vint ensuite. Elle bafouilla pas mal en essayant d’expliquer au Président pourquoi elle s’attendait à une réaction spéciale de la part des hommes normaux en face desquels elle pouvait se trouver et comment elle ne l’avait constatée ni chez les MacLain, ni chez le flic motorisé, ni chez Barnes. Le Président vint à son aide avec un sourire cordial.

« Ma chère enfant, dit-il, je comprends sans peine. »

Mary rougit. Le Président l’écouta gravement pendant qu’elle terminait son récit. Il resta ensuite plusieurs minutes immobile avant de s’adresser au Patron. « Andrew, dit-il, votre Section nous rend des services inestimables. Les renseignements que vous avez fournis ont parfois fait pencher la balance de l’histoire du bon côté à des moments cruciaux.

— Donc, c’est “non” ? grommela le Patron.

— Je n’ai pas dit cela.

— Mais vous allez le faire ! »

Le Président haussa les épaules. « J’allais seulement suggérer que ces jeunes gens se retirent. Vous êtes un génie, Andrew, mais les génies eux-mêmes peuvent faire des erreurs.