— Je crois comprendre. »

Il se tourna vers Hazelhurst. « Alors, docteur ? Possédons-nous des cultures de cette fameuse fièvre ? Vos équipes ont-elles travaillé là-dessus ? »

Hazelhurst semblait pétrifié. « Travaillé là-dessus ? Bien sûr que non ! La question ne se pose pas. La fièvre neuvaine, pensez donc ! Autant nous servir de la poliomyélite ou du typhus ! C’est comme si on soignait un ongle incarné à coups de hache. »

Je posai la main sur le bras de Mary. « Allons-nous-en, chérie. Je crois que nous avons fait assez de dégâts comme cela. »

Elle tremblait et ses yeux étaient pleins de larmes. Je l’emmenai dans la salle du mess pour lui administrer une médication systématique à base d’alcool vieux.

Un peu plus tard, je mis Mary au lit pour une petite sieste réparatrice et attendis à côté d’elle qu’elle se fût endormie. J’allai ensuite chercher mon père dans le bureau qui lui avait été assigné. « Ça va ? » dis-je.

Il me regardait d’un air songeur. « Alors, Élisée, il paraît que tu as gagné le gros lot ?

— J’aime mieux que vous m’appeliez Sam, dis-je.

— Si tu veux. Le succès porte en lui sa propre justification, mais le gros lot semble être assez décevant. La fièvre neuvaine ? Je comprends maintenant pourquoi toute la colonie a disparu et les larves en même temps qu’elle. Je ne vois pas comment nous pourrions utiliser cette saleté-là. Nous ne pouvons pas espérer rencontrer chez tout le monde la même indomptable volonté de vivre que chez Mary. »

Je comprenais bien ce qu’il voulait dire. Dans plus de 98 pour 100 des cas, cette fièvre est mortelle chez l’homme non immunisé. En revanche, chez les sujets vaccinés, le taux de mortalité tombe à zéro. Mais cela ne nous avançait pas à grand-chose. Il nous fallait un microbe qui rende l’homme malade, tout en tuant la larve. « Je ne vois pas que cela ait beaucoup d’importance, lui fis-je remarquer. Il y a tout à parier qu’avant six semaines vous aurez du typhus ou de la peste, ou des deux à la fois d’un bout de la vallée du Mississippi à l’autre.