— Je crois comprendre les raisons de votre objection. Il faudrait que la maladie ait le temps de s’établir chez le volontaire, et cela risquerait de nous laisser une marge de temps dangereusement étroite. Mais je crois que nous pourrions tourner la difficulté : en employant une capsule en gélatine contenant une culture du microbe et qui serait logée dans les tissus, par exemple. Je suis sûr que nos services pourraient mettre un système au point. »
Moi aussi j’en étais persuadé, mais ma vraie objection venait de ma répulsion enracinée à voir une âme humaine soumise à la possession d’une larve. « Vous ne devez pas prendre de volontaires, insistai-je. La larve saura tout ce que sait son porteur et elle s’abstiendra simplement d’entrer en conférence directe. Elle préviendra verbalement les autres. Non, il faudra nous servir d’animaux – de singes, de chiens, bref de tout ce qui sera assez grand pour supporter une larve tout en étant incapable de parler. Il en faudra des quantités telles que tout le groupe soit infecté avant même que les larves ne sachent qu’elles sont malades. »
Je traçai le schéma sommaire de l’opération « Pitié », telle que je la voyais. La première étape que nous appellerions l’opération « Fièvre » pourrait commencer dès que nous aurions assez d’antitoxine pour le deuxième lâcher. Moins d’une semaine après, il ne devrait plus rester une seule larve en vie sur tout le continent.
Ils ne m’applaudirent pas à proprement parler, mais le cœur y était. Le général sortit précipitamment pour aller téléphoner au maréchal Rexton. Il me renvoya son aide de camp pour m’inviter à déjeuner. Je lui fis dire que je serais heureux d’accepter à condition que l’invitation s’appliquât aussi à ma femme.
Mon père m’attendait à la porte de la salle de conférences.
« Alors, lui demandai-je, plus inquiet que je ne le laissais paraître, ça a bien marché ? »
Il hocha la tête. « Mon petit, tu les as conquis ! J’ai bien envie de te faire signer un contrat de six mois à la stéréo ! »
Il s’efforçait de ne pas manifester sa satisfaction. J’avais réussi à ne pas bégayer une seule fois au cours de toute la séance. Je me sentais un homme nouveau.
CHAPITRE XXXII
Satan, le singe qui m’avait tant fait pitié au jardin zoologique national, se montra vraiment digne de sa réputation. Dès qu’il fut libéré de sa larve, Papa s’était offert comme cobaye pour la vérification de l’hypothèse Nivens-Hazelhurst, mais je m’y opposai et ce fut Satan qui fut tiré à la courte paille. Ce n’était ni l’affection filiale ni son antithèse néo-freudienne qui m’avait poussé ; la vérité est que je redoutais comme le feu la combinaison de mon père et d’une larve. Je ne tenais pas à ce qu’il se trouve dans leur camp, même dans des conditions expérimentales. Il a l’esprit trop retors et trop astucieux. Les gens qui n’ont jamais été eux-mêmes possédés ne peuvent pas se rendre compte que le porteur nous est foncièrement hostile et qu’il conserve intactes toutes ses facultés intellectuelles.