« Alors, Patron ?
— Hein ? Quoi ? Pour vous deux, rien. Vous êtes en congé jusqu’à nouvel ordre.
— J’aimerais bien jeter un coup d’œil dans le bureau de Barnes.
— Ne mets pas les pieds dans l’Iowa, c’est un ordre.
— C’est bon. Et vous, qu’allez-vous faire, si je puis me permettre cette question ?
— Moi, je vais filer en Floride pour prendre des bains de soleil en attendant que le monde entre en décomposition. Si vous avez pour deux sous de bon sens, vous en ferez autant. Il ne vous reste guère de temps. »
Il se redressa et s’éloigna. Je tournai la tête pour dire un mot à Mary mais elle avait déjà disparu. Je la cherchai partout sans parvenir à la découvrir. Je rattrapai le Patron en courant. « Pardon, Patron, vous ne savez pas où est allée Mary ?
— Hein ? Qui ? En permission je suppose. Fiche-moi la paix. »
J’eus un instant l’idée de m’adresser à nos bureaux pour retrouver sa trace mais je me souvins à temps que je ne connaissais ni son vrai nom, ni son pseudonyme régulier, ni son matricule. Je pensai à forcer la chance en donnant son signalement à la Section mais c’était une idée idiote. Il n’y a que les archives de l’atelier de cosmétique qui gardent trace du vrai visage d’un agent, et elles sont ultra-secrètes pour tout le monde. Je savais seulement qu’elle m’était deux fois apparue sous les traits d’une rousse et que (à mon avis, du moins) elle avait de « ça » à un point extraordinaire. Pour retrouver son numéro de téléphone, c’était un peu mince.
Je me contentai de louer une chambre à un lit dans le premier hôtel venu.