CHAPITRE VI

Je me sentais près de vomir. L’idée de cette créature, cachée juste derrière moi, tout le temps de notre retour de l’Iowa, était plus que n’en pouvait supporter mon estomac. Je ne suis pourtant pas délicat – mais on n’arrive pas à imaginer l’effet que ces êtres peuvent vous faire, tant qu’on n’en a pas vu, en sachant bien de quoi il s’agit.

J’avalai ma salive. « Essayons de comprendre, dis-je. Nous pouvons peut-être encore sauver Jarvis. »

Je ne le pensais pas vraiment. J’avais tout au fond de moi la conviction intime qu’un homme possédé par un de ces êtres en restait marqué pour toujours.

Le Patron nous fit signe de reculer.

« Ne t’occupe pas de Jarvis !

— Mais…

— Assez ! Si on peut le sauver, cela ne lui fera pas de mal d’attendre un peu plus. Et d’ailleurs…»

Il se tut. Moi aussi. J’avais compris ce qu’il voulait dire. Un agent se remplace, mais le pays, lui, ne se remplace pas.

Son arme à la main, le Patron continuait à examiner avec méfiance la chose qui palpitait sur le dos de Jarvis. « Appelle le Président, dit-il à Mary. Code spécial 0007. »