Je reçus l’ordre de le liquider. Mais cet ordre fut aussitôt annulé par un autre qui m’enjoignait d’agir avec prudence et de ne pas me presser.

« Je vous demande pardon, dis-je, mais ce taxi est retenu.

— C’est exact, dit le vieux monsieur. Retenu par moi.

— Il faudra que vous en trouviez un autre, dis-je sans m’emballer. Puis-je voir votre numéro d’attente ? »

Là, je le tenais : le taxi portait bien en effet le numéro correspondant à mon propre ticket. Néanmoins il ne broncha pas.

« Où allez-vous ? me demanda-t-il.

— À La Nouvelle-Orléans, répondis-je, apprenant ainsi pour la première fois ma destination.

— Alors vous pourrez me déposer à Memphis au passage. »

Je secouai la tête. « Ce n’est pas sur ma route, protestai-je.

— Cela ne fait qu’un quart d’heure de détour, insista-t-il avec une irritation croissante. Vous ne pouvez pas monopoliser ainsi un véhicule public sans raison valable.