De son autre main, il me poussa quelque chose contre le flanc. Je sentis une piqûre légère et le chaud picotement d’une injection de « Morphée » me parcourut le corps. Je fis une seconde et vaine tentative pour saisir mon arme et m’affaissai la tête en avant.
J’avais vaguement conscience d’un bruit de voix. Quelqu’un me remuait sans douceur. « Attention au singe ! » disait quelqu’un d’autre. « Il n’y a pas de danger, il a les tendons coupés », répondit une autre voix. À quoi la première voix répliqua : « Il lui reste des dents, non ? »
« Que oui ! pensai-je rageusement. Essaie d’approcher et tu verras ! » La remarque relative à mes tendons me parut exacte : mes membres refusaient en effet de bouger ; toutefois cela m’ennuyait moins que de m’entendre traiter de singe. « C’est quand même honteux, pensai-je, d’injurier comme ça un homme sans défense. »
Je pleurai un peu et sombrai dans une profonde torpeur.
« Ça va mieux, petit ? »
Appuyé au pied de mon lit, le Patron se penchait vers moi ; il me regardait pensivement. Sa poitrine était nue et couverte de poils grisonnants.
« Pas trop mal », marmonnai-je.
Je voulus m’asseoir, mais je m’aperçus que j’en étais incapable.
Le Patron fit le tour du lit. « Maintenant, on peut enlever les sangles, dit-il en tripotant des boucles. C’était pour t’empêcher de te faire mal. Là…»
Je m’assis en me frottant les côtes.