—Comment pouvez-vous le demander, ma mère? répondit la jeune fille. A quoi, à qui pensez-vous vous-même du matin au soir? Je voudrais savoir comment il va maintenant, mère. Ah! s'il allait retomber dans ses erreurs passées! La crainte qu'il pourrait devenir malheureux et se perdre peut-être m'afflige profondément. Cela est-il si étonnant!
—Non, mon enfant, je suis aussi inquiète que vous à cet égard, j'en conviens; mais il faut garder une juste mesure en tout. Vous êtes tellement absorbée dans vos idées, que vous laissez là votre ouvrage pour vous abandonner à vos rêveries.
—Mon ouvrage est fini, ma mère, dit la jeune fille en se levant. Je vais allumer le poêle et mettre les pommes de terre sur le feu.
—Innocente, où sont vos esprits? Il est encore une grosse heure trop tôt.
—Alors, je continuerai au jardin à piquer des tuteurs auprès des jeunes pois.
—Cela ne presse pas, Lina. Je vous ferai une autre proposition. J'ai remarqué tout à l'heure qu'il ne nous reste plus assez de pain; demain le café nous manquera également. Il fait un temps superbe; allez au village, cela vous distraira un peu.
—Au village, ma mère? Et dimanche, suivant votre conseil, je suis allée à la messe à Hal pour ne pas rencontrer une de ces méchantes langues.
—Bah! Lina, depuis lors les commérages ont bien diminué; d'ailleurs, vous ne pouvez pas rester éternellement sans vous montrer au village; cela paraîtrait encore plus étrange. Il vaut encore mieux que l'on vous voie, mon enfant. De cette façon vous pourrez du moins convaincre nos amis qu'ils se sont trompés sur notre compte… Allez, Lina, cette promenade vous fera du bien; allez au village chercher du pain et du café.
—Eh bien, j'irai, ma mère, si vous le désirez. Au fond, je n'ai pas d'objection à y faire. On peut penser de moi ce qu'on veut; ma conscience est pure, et l'on ne me mangera pas là-bas.
La jeune fille ôta son tablier, se coiffa d'un autre bonnet, et se dirigea vers le village par le chemin de terre.