—Le reverrai-je encore?… Ne le reverrai-je plus jamais?
Sa main tremblait; elle osait à peine souffler, et à mesure que les graines se détachaient de la tige, son anxiété grandissait. Elle craignait évidemment une réponse défavorable.
Sans attendre le résultat final de l'épreuve, elle jeta la tête du pissenlit, éclata de rire et s'écria:
—Ah! folle que je suis! Qu'est-ce que cette innocente fleur sait de ces choses-là?
Elle ajouta d'une voix plus contenue:
—Je ne peux plus le revoir, et je ne désire pas le voir encore… Que c'est cruel, cependant! C'est comme si une autre Lina vivait en moi, une Lina qui pense, qui souhaite et qui espère, sans ma participation, et même contre mon gré… Mais tout cela, ce sont des folies. Que dirait ma mère si elle me voyait dans la prairie, interrogeant les pissenlits comme une enfant? Allons, allons, acquittons-nous de notre commission.
Elle rentra dans le chemin de terre, pressa le pas, et atteignit peu de temps après les premières maisons du village.
Elle ne remarqua point que çà et là, lorsqu'elle passait, certaines gens venaient sur le seuil de leur porte pour la suivre des yeux, et que même un vieux paysan tendit vers elle son poing menaçant.
Dans la première rue, elle vit venir la petite Catherine, la fille du forgeron, qui avait toujours été une de ses bonnes amies. Elle voulait aller au-devant d'elle et prononçait déjà son nom; mais à peine la petite Catherine eut-elle reconnu celle qui l'appelait, qu'une expression de mépris et d'aversion se montra sur sa figure, et qu'elle s'enfuit en toute hâte dans le village.
Lina soupçonnait les raisons de cette étrange conduite. La bonne petite Catherine s'était laissé tromper par les commérages. Lina en fut profondément affligée, mais Catherine était une fille naïve et crédule. Lina, après avoir fini ses commissions, se proposait d'aller chez elle, et quelques paroles suffiraient pour convaincre le forgeron, qui était un homme raisonnable, et sa fille, qu'ils s'étaient laissé conter des fables ridicules par de méchantes langues.