C'était un spectacle simple et émouvant que de voir cet ouvrier, dans ses vêtements usés et souillés par le travail, tenant sur ses genoux deux petits anges si propres et si souriants, entre une femme chérie et un fils studieux qui levait vers lui un regard respectueux et suppliant.

—Chère père, puis-je lire? demanda enfin le petit garçon. Nous avons reçu aujourd'hui une si belle leçon! Je ne sais pas si je la sais bien, mais je ferai de mon mieux.

—Oui, Bavon, lis ta leçon devant ton père, dit la femme.

Le fils ouvrit son livre et lut avec une certaine difficulté et quelques interruptions, mais assez distinctement pour être compris:

«Mes enfants, voulez-vous être bénis de Dieu sur la terre, honorez votre père et votre mère. Ils vous chérissent comme la lumière de leurs yeux; ils travaillent pour vous du matin au soir; le seul but de leurs efforts, de leurs soins et de leurs prières n'est que votre bonheur. Aimez-les tendrement, soyez-leur soumis et restez-leur reconnaissants; devenez le soutien et la joie de leurs vieux jours, et récompensez ainsi l'amour paternel, cette abnégation pure et presque divine.»

Cette lecture parut faire une mauvaise impression sur l'esprit de Damhout; elle lui rappelait ce que Wildenslag lui avait dit et donnait de nouvelles forces à la crainte que son ami avait, pour la vingtième fois, réveillée en lui. Son visage devint sérieux et il secoua la tête d'un air pensif.

—Bavon, comprends-tu ce que tu viens de lire? demanda-t-il après un instant de réflexion.

—Oui, cher père, répondit l'enfant. Cela veut dire que vous travaillez pour moi, et que je dois toujours vous aimer, vous et ma mère.

—Jusque dans nos vieux jours, Bavon.

—Oui, père, jusque dans vos vieux jours, aussi longtemps que je vivrai.