Madame Damhout, sans chercher plus longtemps une explication qu'elle ne pouvait trouver, se dit à elle-même:

—Quel que soit notre bienfaiteur inconnu, que Dieu le bénisse! Ah! quelle bonne soupe je vais pouvoir faire! Et, si quelque chose peut guérir mon pauvre mari, ce sera bien certainement ce secours, qui nous arrive d'une façon si généreuse et si mystérieuse à la fois.

Bientôt après, le bouillon chauffait sur le poêle; toute la maison était remplie d'une odeur appétissante, et le malade, dans son lit, se réjouissait du régal qui lui était annoncé.

Madame Damhout raconta à son mari et à Godelive l'apparition de cette pièce de cinq francs qui n'avait jamais été dans sa commode, et qui y était sans doute tombée du ciel. On ne parla que de cela toute la soirée; personne ne put rien lui apprendre qui l'aidât à découvrir quel était le bienfaiteur inconnu. Bavon se creusa également la cervelle; il ne trouva rien.

Cependant, on reçut des nouvelles plus favorables concernant l'état politique de l'Europe; on disait que la paix ne serait pas troublée, et l'on annonçait que plusieurs fabriques allaient recommencer à travailler.

Le dimanche suivant, de très-bonne heure, pendant que Bavon était allé à la première messe, madame Damhout, voulant prendre quelques sous dans son tiroir pour acheter du café, vit dans un coin, rangées les unes à côté des autres en évidence, quatre pièces d'un franc.

Sa stupéfaction fut grande; elle considéra l'argent pendant quelques instants, ferma le tiroir et sortit lentement en secouant la tête.

Dans la boutique, pendant qu'on lui servait le café, l'épicier lui dit:

—Les temps sont durs, n'est-ce pas, madame Damhout? Espérons que cela changera bientôt. On dit qu'il y a de bonnes nouvelles de Paris et qu'on ne fera pas la guerre. Votre mari est bien, maintenant; Dieu soit loué! il sera guéri quand l'ouvrage reprendra. Mais je vous plains pour une chose, c'est que la nécessité vous ait obligée de retirer Bavon de l'école avant la distribution des prix. C'est dommage: le brave garçon aurait eu beaucoup d'honneur.

—Vous vous trompez: notre Bavon va toujours à l'école.