Le son argentin de cette petite voix et le regard d'amour de son enfant mélancolique touchèrent l'ouvrier.
—Bonjour, ma bonne Godelive! répondit-il en pressant sa fille contre son cœur. Vas-tu un peu mieux? Es-tu encore malade?
—Encore un peu, papa, répondit-elle. Madame Damhout m'a fait boire de la tisane, et cela m'a rafraîchie.
—M. Damhout est-il déjà de retour de la fabrique? demanda Wildenslag.
—Non, papa, pas encore.
—Viens, assieds-toi, Godelive, et mange, mon enfant; car ces gloutons sont déjà en train. Ils ne laisseraient rien pour toi.
La petite fille se mit à table, fit le signe de la croix et pria en silence; après quoi, elle commença à manger avec une réserve remarquable et d'excellentes manières.
Wildenslag trouva les pommes de terre extrêmement mauvaises; il mangea sans appétit, grommela à voix basse et fit la mine; mais il comprima son dépit et n'éclata plus en insultes, comme si la présence de son enfant avait éveillé en lui l'instinct des convenances. Enfin, il dit avec un soupir:
—Mais, Lina, sans nous disputer, ne pourrais-tu pas tenir ta maison un peu plus propre, et donner à tes enfants de meilleurs exemples? Vois comme madame Damhout sait s'arranger. Son mari est un ouvrier comme moi; il n'a rien de plus que son salaire journalier, et cependant, dans sa maison, on mangerait sur le carreau, tellement tout y est propre.
—Que parles-tu de madame Damhout? répondit-elle d'un ton aigre. C'est une bonne et brave femme, je ne le nierai pas; mais les Damhout ne sont pas des gens comme nous. Sois-en certain, Wildenslag, ils ont des biens ou de l'argent placé, quoiqu'ils le cachent.