Toutes ces oeuvres étaient évidemment l'expression d'une même pensée reproduite sous des formes diverses. Il n'y en avait aucune qui ne parlât de la mort et de la résurrection à une vie meilleure. C'était un ange aux ailes déployées qui portait vers sa céleste patrie une jeune fille endormie;—c'était le génie de l'immortalité ouvrant une tombe et montrant à l'âme réveillée le chemin de la lumière;—c'était cette même jeune fille se dressant à moitié hors d'une tombe, et étendant les mains avec un sourire de désir, comme si elle appelait quelqu'un;—c'était un jeune garçon agenouillé sur une pierre tumulaire, et tenant embrassée une ancre symbolique;—c'était l'oiseau Phénix, s'élevant avec des forces nouvelles du bûcher qui a consumé sa dépouille vieillie;—c'étaient enfin beaucoup de figures représentant sous une forme saisissante l'image de la vie future après la mort.

Toutes ces compositions respiraient la sincérité profonde du sentiment de leur auteur, et semblaient vivre, non point par la perfection de leur forme corporelle, mais par quelque chose de plus élevé, par l'empreinte de l'âme que l'artiste avait imprimée dans toutes les parties de son oeuvre, en y versant un reflet de sa propre âme. Les formes des statues étaient à la vérité grêles et maigres, mais il y avait dans l'ensemble de ces créations une expression de pensée si parfaite, des proportions si harmonieuses, tant de naturel et néanmoins tant de poésie, qu'en les regardant je me sentis comme transporté dans un monde de pensées mystiques et presque surhumaines.

—Que tout cela est beau! m'écriai-je enthousiasmé. Monsieur, vous ne devez pas tenir plus longtemps cachés ces chefs-d'oeuvre sublimes. Enrichissez d'un nom illustre le livre d'or de votre patrie, ajoutez un brillant fleuron à sa couronne artistique!

Il sourit à mon exclamation; l'impression favorable que son talent avait produite sur moi parut lui faire plaisir; mais une sorte de raillerie ironique brillait dans son regard, comme pour me taxer d'exagération.

—Je dis la vérité, croyez-moi, repris-je. Exposez vos ouvrages, et un cri d'admiration s'élèvera de la foule des artistes. S'ils ont été égarés autrefois par l'admiration exclusive des formes extérieures, il y a aujourd'hui une grande tendance vers des idées moins plastiques; l'art se tourne vers l'expression des pensées, des sentiments et des plus nobles aspirations de l'homme. Non, non, ne privez pas l'école flamande de si parfaits modèles.

Le vieillard avait courbé la tête et murmurait en se parlant à lui-même:

—Livrer en pâture à la foule mes souvenirs, tous les battements de mon coeur? Permettre à la malveillance de soulever le voile de ma vie, et appeler la raillerie sur tout ce qui est sacré pour moi?...

En ce moment, la vieille servante ouvrit la porte et annonça que le dîner était servi.

—Venez, monsieur, me dit le sculpteur, visiblement satisfait de cette interruption. La table de l'ermite ne vous offrira pas de mets recherchés; mais il y en aura assez pour restaurer les forces d'un homme qui, comme vous, aime la vie de campagne.

Nous nous mîmes à table, nous mangeâmes assez rapidement deux ou trois bons plats, auxquels je fis honneur, d'autant plus que la présence de la servante m'empêchait de parler de ce qui occupait mon esprit.