Assurément, la compatissante enfant sut lire dans mon regard étincelant l'expression d'une gratitude infinie; car elle me serra la main avec plus d'amitié et me dit d'un ton si doux, que je me mis à trembler de tous mes membres:

—Vous vous appelez Léon? C'est un joli nom. Ah! quel dommage que vous ne sachiez point parler!

L'émotion m'arracha quelques cris confus.

—Il ne faut pas crier ainsi, reprit-elle; cela est laid. N'apprendrez-vous jamais à parler, pauvre petit Léon? jamais?

Je ne savate pas ce qui se passait en moi, il me semblait qu'en ce moment je me fusse laissé couper la main pour pouvoir dire un mot un seul mot intelligible. Je fus pris d'une violente convulsion; mes membres se tordirent, mon visage devint bleu. Je ne criai pas, mais je fis un effort surhumain pour prononcer le nom charmant de celle qui, deux fois, avait dit le mien avec tant d'amitié.

Quelque chose se déchira dans ma gorge, et le nom de Rose! Rose! retentit par deux fois, clair et sonore, dans la chambre.

Épuisé par cet effort gigantesque, je me laissai tomber sur une chaise, et j'y restai étendu, le sourire du bonheur et de l'extase sur la figure.

—Oh! Dieu soit loué, mon fils a parlé! s'écria ma mère, les larmes aux yeux.

Elle accourut vers moi, me prit la main et me supplia de répéter encore une fois les mots que j'avais prononcés; mais je sentis bien, après de longs efforts infructueux, que je ne serais plus capable d'une si violente tension de mes forces.

Cependant j'étais enchanté du succès obtenu, et j'essayai de faire comprendre par signes que j'avais confiance et que j'espérais bien pouvoir apprendre à parler. Je ne cessais de montrer la jolie demoiselle, et je joignais les mains devant elle pour faire entendre que c'était à elle que je serais redevable de la parole, du bonheur de ma vie, et je la remerciai comme un ange envoyé de Dieu pour rapporter l'espoir et la délivrance.