Roozeman lui prit la main et la serra avec reconnaissance, car le jeune paysan avait dit ces paroles avec une expression profonde, et l'Anversois savait que Donat lui était sincèrement dévoué depuis l'affaire de la fosse aux lions du Jonas.
—Eh bien, allons déjeuner alors! S'écria Jean.
—Non, pas ainsi, dit Kwik; vous devez mettre les ceintures et y passer les revolvers. Désormais, ces armes ne doivent plus vous quitter un instant, ni dans votre chambre, ni dans la rue, ni à votre ouvrage. C'est le Bruxellois qui me l'a dit. En effet, vous pouvez en avoir besoin, même pendant votre sommeil. Et à quoi serviraient-elles si vous ne les aviez pas sous la main au moment du danger?
—Pour aller déjeuner! murmura Victor qui paraissait avoir horreur de porter ces armes homicides.
Mais Donat lui mit lui-même la ceinture et y passa le pistolet en disant:
—Pour déjeuner? Et si les vilains hommes d'hier soir étaient encore assis à table et nous cherchaient querelle?… C'est bien ainsi! Viennent les ribauds maintenant! Je donnerais toute une semaine de mon salaire pour connaître et rencontrer le scélérat qui s'est enfui avec le lobe de mon oreille. Il serait bien drôle avec une tête comme une poule: sans apparence d'oreille!
—Mais, mon bon Donat, objecta Roozeman, tu dois être prudent et ne pas t'attirer de mauvaises affaires par ton emportement. Tes paroles me font craindre que tu ne fasses un usage irréfléchi de ton effroyable couteau.
—Bah! je ne suis pas si méchant que j'en ai l'air, monsieur Victor, dit Kwik en riant. La hardiesse impose toujours. Je ne défierai personne et je serai même très-endurant; mais, mais, si quelqu'un, pardieu…!
—Le déjeuner! le déjeuner! s'écria Jean, en poussant ses deux camarades hors de la chambre.