—Vous devenez ennuyeux avec vos camarades! murmura Jean d'un ton courroucé.

—Eh bien, je dirai, messieurs, puisque vous le voulez absolument, quoique je ne sois pas pauvre non plus. Allons, ne faisons pas tant de Compliments; vous devriez me dire, messieurs, ce que je tiens ici en main.

—C'est un billet de banque anglais de cinq livres, mon ami, répondit
Victor.

—Oui, mais en francs?

—Quelque chose de plus que cent vingt-cinq francs.

—J'avais peur, pardieu! que le vieux juif chez lequel j'ai changé mon argent ne m'eût fourré en main des chiffons de papier.

—En avez-vous beaucoup de cette espèce? Demanda Victor en souriant.

Le paysan regarda les matelots avec défiance, et dit mystérieusement à l'oreille des deux amis:

—J'en ai quatre: le reste de mon héritage. J'aurais bien pu placer ces cinq cents francs à intérêt chez l'agent d'affaires de notre village; mais on ne peut savoir ce qui arrivera là-bas; la prudence est la mère de la porcelaine. Si nous étions dupés et si nous ne trouvions pas d'or? Ce n'est pas Donat qui mourra de faim le premier: il a une poire pour la soif. Il faut que vous sachiez, messieurs, que je suis malin, beaucoup trop malin quelquefois!

La barque atteignit le navire, et les voyageurs furent salués par une salve d'applaudissements. Le Jonas avait déjà levé l'ancre et tendu ses voiles. Bientôt il prit le vent et avança sous l'impulsion d'une fraîche brise.