—Voici la montre, dit l'Ostendais en la lui mettant dans la main. A minuit tu éveilleras le baron pour te relever.

—N'as-tu rien vu dans l'obscurité? Demanda Kwik avec anxiété.

—Si, Donat, quelque chose de très-vilain, mon garçon; fais attention, ça ne sent pas bon, là dehors.

—Qu'as-tu vu? Pour l'amour de Dieu, ne me trompe pas!

—Ce que j'ai vu? un fantôme, un esprit avec un drap blanc sur le dos! dit le matelot d'une voix creuse. Il m'a parlé!…

—Allons, allons, est-ce vrai? Et qu'a-t-il dit?

—«N'y a-t-il pas parmi vous un imbécile qui se nommé Kwik? a-t-il demandé.—Oui, ai-je répondu, il montera la garde vers le milieu de la nuit.—Eh bien! a dit le fantôme, c'est justement une bonne heure pour tordre le cou à ce peureux avaleur de bourdes.» Dors bien, à demain, Donat!

Lorsque le pauvre Kwik se vit seul dans l'obscurité, la peur le fit chanceler sur ses jambes. Il avait envie de tenir ses yeux fermés; mais parmi toutes ses faiblesses il avait pourtant beaucoup de bonnes qualités, et une de celles-ci était qu'il voulait remplir fidèlement et sérieusement la fonction qu'il avait acceptée. Malgré son émotion, il se rappela qu'il était là pour veiller sur la vie de ses camarades et surtout sur Roozeman.

Il regarda donc de tous côtés, mais une sueur froide mouillait son front et il était tourmenté par mille folles visions. Arbres, rochers, nuages, tout prenait à ses yeux une forme effroyable.

Jusqu'alors, il se sentait cependant assez courageux pour ne pas quitter son poste; mais sa terreur augmentait à mesure qu'approchait l'heure fatale de minuit, l'heure à laquelle, d'après les récits de son enfance, les esprits et les fantômes errent et cherchent vengeance.