Elle releva le mot, redevenue maîtresse d’elle-même, souriante même dans la joie de son succès.

— Vous parlez de vengeance ?… De quoi voulez-vous que je me venge ?… De ce que vous êtes résolu désormais à porter tous vos hommages à la seule miss Lilian ? Vous êtes bien fat, mon cousin, et il vous faut renoncer à vos prétentions ! Je sais bien que nous autres femmes nous contribuons fort à vous les donner ; nous avons l’air de nous laisser prendre au prestige des noms célébrés dans les journaux, mais en réalité…

Il la regardait de ses yeux d’une clairvoyance sans merci ; et tout à coup, elle se sentit entièrement pénétrée jusqu’au plus profond de son cœur. Une espèce de colère aveugle lui monta au cerveau à cette idée qu’il devinait aussi aisément que si elle les lui eût dits les mobiles qui la faisaient parler ; et, le ton insultant, elle acheva, interrompant sa propre phrase :

— Réellement, miss Lilian avait bien joué son personnage de petite fille naïve et su vous amener là où elle prétendait. Il est vraiment dommage que la hardiesse lui ait manqué au dernier moment et qu’après avoir si bien réussi elle ait jugé à propos de disparaître mystérieusement avec sa tante…

Il ne l’entendait plus… Lilian, fille d’un homme flétri ! Lilian, présentée à lui comme une aventurière !… Et brusquement, tandis qu’il songeait cela, l’âme torturée d’angoisse, dans sa pensée, se dressait la vision d’un délicieux visage de jeune fille, illuminé par deux grands yeux clairs et francs, par une bouche d’enfant rieuse. Si un homme lui eût parlé comme Isabelle venait de le faire, il l’eût souffleté et tué. Mais, elle, il n’avait pas même le droit de l’effleurer d’un geste. Il devait résister à cette tentation folle qu’il avait de lui étreindre les poignets jusqu’à les lui briser pour lui faire avouer qu’elle avait menti en insultant Lilian.

— Alors vous prétendez, reprit-il encore, rassemblant toute sa volonté pour se maîtriser, que l’accusation portée par vous contre le père de Mlle Evans est l’entière vérité ?

— Le père de miss Vincey, voulez-vous dire ? Parfaitement ; ne vous ai-je pas dit déjà que je tenais de sources très sûres les petits détails biographiques en question ?…

L’accent d’Isabelle était si absolu qu’il ne douta plus cette fois de sa parole. Mais était-il donc possible que Lilian connût la vérité au moment où elle mettait sa main dans celle de l’homme qui avait foi en elle… Était-il vrai qu’elle se fût enfuie, effrayée par la pensée qu’il pouvait apprendre le secret qu’elle lui avait caché… Oh ! s’il lui avait été possible de la voir, de lui parler… Mais où était-elle ?… Il demanda une dernière fois :

— Et maintenant, me direz-vous de qui vous avez reçu les… renseignements que vous venez de me donner ?… Vous comprenez qu’ils sont assez graves pour que j’aie le droit de vouloir en connaître l’auteur, afin de le questionner à mon tour…

Elle secoua négativement la tête :