— Tant mieux, si je ne fais pas tache parmi vos belles amies !… Mon Dieu, que je suis donc contente !… Grâce à vous, mon ami Jean ! Je vais vite, maintenant, emporter ma joie auprès de Bobby !
— Comment, mais vous ne partez pas déjà ?
Il ne poursuit pas. La pensée a traversé son cerveau que Barcane, invité, va peut-être venir, et il déteste tout rapprochement entre Hélène et lui… Mais, après tout, c’est bien peu sûr, cette apparition, et il lui paraît si charmant de voir, radieuse, la petite figure sage d’Hélène !
— Avant de partir, en tout cas, il faut que vous considériez un instant mes fiancées en perspective. Autant que mère, je veux votre opinion… On va danser. Voulez-vous danser ?
Elle riposte, amusée de la proposition :
— Bien sûr que non, je ne veux pas… Et je ne saurais pas !… Indiquez-moi Nicole, la petite Madeleine, Mme Marise…
— Oui… mais auparavant, je vous emmène au buffet. Venez vite, avant que je sois de nouveau harponné par mes fonctions de maître de maison.
Il l’introduit dans l’immense salle à manger, qui est comble, et la quitte pour la faire servir, tandis qu’elle reste debout, observant l’élégante cohue qui bavarde, rit, déguste, dans la chaude atmosphère où se mêlent l’odeur du champagne, les parfums des femmes et des fleurs de juin.
A demi cachées par les plis d’un lourd rideau, deux petites, devant elle, causent mezzo voce, croquant leur glace ; et elle entend prononcer d’un ton de discrète allégresse :
— Odette, il m’a demandé la seconde habanera. Et, très gentiment, cela m’a redonné de l’espoir… Oh ! Odette, est-ce que tu crois qu’un jour, il arrivera enfin à m’aimer… un peu ? Ce serait comme si j’entrais dans le paradis ! Il me semble qu’à force de le désirer, je magnétiserai sa volonté !… Je suis stupide !… Oh ! Je le sais bien…