— Faire connaissance avec vous, madame.
— Mais… n’est-ce pas ce que vous faites ?
— Oh !… si peu !
— Avec moi, il ne faut pas être gourmand ; je rassasie très mal !… Vous voilà prévenu…
— Madame, je vous remercie et vous assure que je suis très discret.
Tous ces menus propos lancés en badinage. Et j’abandonne M. de Meillane pour accueillir d’autres visiteurs.
Toujours pas de Robert. Eu égard à sa qualité de triomphateur, j’ai donné l’ordre qu’on l’attende pour servir le souper dont les petites tables sont dressées, de mine si engageante, qu’elles exercent une évidente attraction sur les regards masculins et même féminins.
Mais, tout de même, ça n’empêche pas mes hôtes de bavarder ferme. Maurice Valbrègue, l’humoriste, tente de m’accaparer, selon son habitude. Il est tenace en ses espoirs ; et parce que je ne me donne pas la peine de dissimuler que, souvent, ses paradoxes m’amusent, il continue de rôder autour de moi, attendant une heure — qui ne sonnera pas. Ni pour lui ni pour personne. J’ai trop souffert de m’être donnée pour n’en avoir pas été guérie à jamais ! Mais cette vérité, ni lui ni bien d’autres ne peuvent l’admettre. Ils sont « bêtes », les hommes, même les plus intelligents !…
Seulement, ils peuvent être distrayants dans leurs dires ; et la causerie qui bondit à travers le salon, preste comme une balle de tambourin, est riche d’imprévu. Sur la Danaïde et ses interprètes, bien entendu, jaillissent pêle-mêle éloges, jugements, exclamations laudatives, voire même critiques. Certaines pages sont ardemment discutées. D’instinct, je me suis assise au piano ; et suivant le vol capricieux des propos, je reprends tel passage, telle phrase.
Les uns ou les autres me disent : « Ceci… Et encore ceci… »