— Ne dites pas de pareilles folies !… Je vous l’ai prouvé, à un point… que moi seul, je connais, il est vrai…, quel respect j’ai de vous !
Il a raison. Jamais il ne m’a dit un mot qui me rappelât que j’étais une femme que nul ne protège. Ce qu’il a pu souhaiter de moi — car il est homme… — il a eu la délicatesse généreuse de ne pas me le laisser entendre.
Et ma révolte s’apaise. Je sens mourir ma résolution, obstinée de silence. Il l’a bien gagné, de savoir le premier ce à quoi je suis résolue pour l’avenir.
Une lente aspiration d’air dans ma poitrine haletante, et je reprends :
— Vous avez raison de ne pas me mépriser, car je ne l’ai pas mérité, dans le passé… Et dans l’avenir, même les apparences ne seront plus contre moi…
— Quoi ?… Que voulez-vous dire ?
— Une chose très simple, ceci… Quand vous serez au Canada, vous apprendrez un jour, le plus prochain possible, que je ne dépends plus que de moi-même… Que la loi, à son tour, nous a séparés, Robert Doraines et moi.
J’entends une exclamation sourde déchirer ses lèvres :
— Vous voulez le divorce ?
— Séparation, divorce… Peu m’importe. Je veux n’être plus jugée… comme vous m’avez jugée !… Je veux le droit de vivre, loin d’un homme qui ne m’est plus rien !…