— Il est très tard !… Entendez-vous sonner la cloche du dîner ?

— Qu’est-ce que cela vous fait ?… Vous avez si faim ?

Cette fois, je ris tout à fait du contraste entre cette prosaïque question et nos précédentes paroles.

— Non ! je n’ai pas si faim !… Un peu seulement parce que je suis contente que vous ne soyez plus fâché après moi ! Mais demain, nous nous retrouverons !

— Bien entendu !… Car nous avons encore beaucoup de choses à dire…

De nouveau, l’accent qui m’étonne.

— Demain, je veux votre journée… Laissez-moi vous emmener hors d’ici… où vous aimerez… A la Maloja ?… Voulez-vous ?

Oh ! la tentation ! Mon cœur a un sursaut d’allégresse et de désir si violent, que je reste silencieuse, effrayée de ce désir et de cette allégresse. Il serait fou de consentir… Et pour tant de raisons ! Mais d’ordinaire, je ne me préoccupe pas ainsi de la convenance de mes actes…

Il lit mon hésitation dans les prunelles troublées que je lève vers lui. Et avec un singulier mélange de volonté et de prière tendre, il insiste :

— Ne dites pas non, mon amie…, pour notre dernière promenade, sans doute.