Et puis, Voulemont se rapprochant, nous avons parlé de Saint-Moritz.

Au commencement, cela me semblait presque comique de l’entendre m’appeler solennellement « madame ». Mais, peu à peu, je sentais un énervement monter en moi, de jouir si peu et si mal de sa présence, lui, à un bout du hall, mot occupée de tous les hôtes de père.

Ce que nous étions corrects ! J’en suis encore dans l’admiration !

Toujours l’influence du miracle, j’ai chanté comme tous me le demandaient. Mais j’ai chanté pour lui seul. J’ai pu le lui dire quand il s’est rapproché, sous prétexte de m’aider à chercher une partition. Alors il a pris sa place favorite, debout près du piano, appuyé au mur, devant moi… Et j’ai chanté tout ce qu’il préfère. Ma voix, par bonheur, est faite d’un métal si solide que même les émotions de ces derniers jours ne l’ont pas sensiblement altérée. Et puis, c’était surtout avec mon âme que je chantais, avec tout ce qu’elle enferme à cette heure, de passion, d’inquiétude, de douleur, de regrets fous.

Il le sentait bien, ses yeux rivés sur moi, aussi pâle que je devais l’être moi-même.

Quand je me suis tue, épuisée, Marinette s’est jetée à mon cou :

— Viva, que tu as donc bien chanté ! Tu ne te doutes pas à quel point tu viens d’être « Nuit d’amour » !

Ah ! si, je m’en doute…

Jacques avait entendu. Il s’est penché un peu et m’a murmuré :

— Merci, Mienne adorée.