Et nous avons goûté tous les trois, très « gentiment » ; car mon ami, bon gré, mal gré, subissait le charme de cette enfant délicieuse dont la jeune personnalité l’étonnait.

J’ai surpris dans ses yeux une sympathie approbative quand, à sa demande sur ses distractions dans le petit pays du Finistère où elle part pour six semaines, elle m’a répliqué, rieuse :

— Mes distractions ?… Oh ! madame, elles sont si variées que les journées me paraissent trop brèves… A Saint-Jean-du-Doigt, où père a sa maison, je trouve une vraie famille de « petits », à peu près tous ceux du pays. Je fais la classe, je joue, je pouponne… C’est déjà très occupant !… Puis j’ai la musique ; je « commets » force aquarelles ; nous lisons beaucoup ; je monte à cheval, je vais en mer ; je relaie maman comme secrétaire pour mon père. Vous ne trouvez pas, madame, que c’est exquis une pareille existence ?… Je suis sûre que vous l’adoreriez !

— Je le crois aussi ! Quel dommage que je ne puisse en essayer…

— Madame, venez un peu à Saint-Jean-du-Doigt…

— Il est trop tard, petite amie.

Elle se levait. Je l’ai reconduite… Quand je suis rentrée, Jacques était debout dans le salon. Il m’a tendu les bras, avec un « Enfin, vous voilà seule !… » tel que mon cœur en a bondi de bonheur.

Il m’a attirée sur le canapé qui est notre place favorite et m’a murmuré, tendre et fâché un peu :

— Méchante ! qui invite des amies quand je dois la venir voir…

— Je ne l’ai pas invitée… C’est le hasard qui a tout fait.