Ce soudain éclat de gaîté lui cause un évident plaisir. Il riposte avec la vivacité joyeuse qui lui était familière quand je l’ai connu et qui devient rare, depuis plusieurs semaines :
— Si vous vous moquez de moi, madame, gare à vous ! Pour me venger, je vous emporte, envers et contre tous, au Canada, sans rien attendre !
— Et puis quand nous débarquerons, on nous déclarera undesirable et on me renverra en France ! Vous savez, les autorités du Canada ne badinent pas avec les amoureux ! Il vaut mieux, Jacques chéri, que je recouvre d’abord toute seule ma liberté… Ensuite, vous viendrez me chercher.
Je m’arrête, car ma voix s’altère.
Une seconde de silence et j’arrive à me dominer pour finir :
— D’ailleurs, si je ne trouve pas le courage de supporter votre absence, je vous l’écrirai… Et, charitablement, vous viendrez à mon secours, n’est-ce pas ?… Ou encore j’irai vous faire une petite visite… bien correcte…
Il se penche et m’étreint d’un geste jaloux.
— C’est cela, vous viendrez, mon amour chéri. Mais vous ne repartirez pas ! Quand je vous tiendrai… je vous garderai !…
4 octobre.
A cette heure, c’est lui qui est parti !