Il s'arrêta brusquement. Elle leva sur lui de larges prunelles qui interrogeaient:

—Chez moi... Eh bien, quoi?

—Chez vous, il ne l'est pas... C'est beaucoup moins le sentiment naturel que la volonté qui vous lance à sa suite.

Une seconde, elle continua de le regarder, stupéfaite de cette pénétration qu'elle n'aurait pas soupçonnée chez lui. Curieusement, ils s'observaient. Leurs mentalités étaient si différentes qu'ils étaient, vis-à-vis l'un de l'autre, tels des voyageurs explorant une terre inconnue.

Peut-être, pour ne pas donner à Claude le temps de protester, il poursuivait:

—Je suis ravi d'être venu. D'abord, je vous ai entendue... Et c'est incroyable, la jouissance que m'apporte votre jeu!... Cependant, j'ai écouté bien des artistes et, d'après votre théorie, je devrais être blasé... Et puis cette réunion était très originale... Mais, sincèrement, j'admire Hugaye et ses collaborateurs. Je serais incapable de trouver plaisir à remplir une mission de cette espèce.

Elle le regarda, railleuse:

—Mais ici, personne ne cherche son plaisir, sauf nos invités. Pas plus que vous, nous n'aimons l'approche de la misère. Moi, je l'ai en horreur... Mais qu'est-ce que cela fait, ce qu'on éprouve?... Puisque la misère existe, il faut bien s'en occuper. Et je trouve aussi abominable que la misère elle-même, l'égoïsme de ceux qui s'en désintéressent, alors qu'ils en sont à l'abri.

Presque âprement, elle avait parlé. Il dit d'un ton contrit et caressant:

—C'est pour moi que vous dites cela?