—Claude, tous, plus ou moins, nous dépendons des êtres, des circonstances; même des choses aussi...

—Plus ou moins, oui... Pour moi, c'est plus! Mais je ne sais pourquoi je vous accable ainsi, mademoiselle Cécile, de mes très inutiles réflexions!... Excusez-moi. Je me sauve bien vite me promener; et, demain matin, à la première heure, je grimpe—c'est promis!—chez Mme de Ryeux.

Mlle de Villebon inclina la tête avec un geste de remerciement. Mais avant qu'elle eût parlé, Claude avait ouvert la barrière qui fermait l'entrée de la prairie et, en courant, elle descendait la côte.

III

Ainsi qu'elle s'y était engagée, mais assez avant dans la matinée,—il était plus de dix heures et demie,—Claude montait vers le Bois-fleuri, la propriété haut perchée, qui dans l'entour de son parc, dominait Landemer. La marquise de Ryeux était une très charitable et très pieuse vieille dame qui subventionnait largement le dispensaire dont la direction était confiée au docteur Élisabeth Ronal.

C'est ainsi que Claude était venue gîter à Landemer, sous l'aile de Mlle de Villebon, autre fidèle du dispensaire et de ses œuvres multiples; une dévouée qui, rebelle au mariage, retenue auprès d'un père infirme dont la mort la laissait seule, s'était alors adonnée aux œuvres pies, leur consacrant la plus grande part de sa fortune.

Claude lui avait dit vrai, comme toujours, en parlant avec sa sincérité hautaine, la veille. Hors de l'atmosphère qu'Élisabeth créait autour d'elle, Mlle de Villebon lui apparaissait comme une façon de phénomène dont la mentalité lui était singulièrement étrangère. Quant à Mme de Ryeux, c'était pour elle, une respectable vieille dame, cordialement ennuyeuse, guère intelligente.

Aussi, elle avait dû faire effort pour s'en aller lui porter le message de Mlle de Villebon, laissant son violon qu'elle avait travaillé avec amour depuis le matin.

Dehors, elle se consola instantanément de cette course forcée, car la matinée était délicieuse. Encore des rafales, mais un large ciel pur d'un bleu lavé, où couraient, haletantes, balayées par le vent, de grosses nuées floconneuses... Un ruissellement de soleil sur les feuilles rousses, sur l'herbe humide que courbait le bon souffle salé; et jusqu'à l'horizon, une mer houleuse, couleur d'opale, dont les vagues venaient, dans une poussière de neige, battre le rivage de galets.

A son ordinaire, Claude marchait vite, parce qu'elle était à l'âge où la marche est un vol. Et si violemment, elle jouissait de la saveur un peu âpre de ce matin de septembre, qu'elle ne pensait à rien d'autre. Elle oubliait le départ si proche, l'avenir incertain, autant que la beauté de ce ciel tourmenté où le soleil semblait une clarté fugitive.