—Que cette Rita aille au diable! jeta-t-il avec une impatience gamine. Vous ne voulez même pas me donner la main?... En camarade?
—Oh! si! seulement, je ne vois pas très bien en quoi nous sommes camarades!
Elle lui tendait les doigts, d'un geste rapide. Il se courba pour les baiser. Mais elle les lui retira, avant même que ses lèvres eussent frôlé la peau tiède, et dit avec son indéfinissable sourire:
—Oh! non! pas de ces manières entre camarades!... Réservez-les pour les belles dames qui flirtent...
Et elle rentra dans la salle.
Il l'avait regardée disparaître, le front creusé d'un pli volontaire, une lueur au fond de ses prunelles, où le désir luisait.
XII
Au-dessus de la porte vitrée, il y avait écrit: «Restaurant Saint-Jacques», souligné par ces mots «Société coopérative, ouverte seulement aux femmes».
Claude tourna vivement le bouton, car elle était en retard au rendez-vous que lui avait donné Lily Switson. Au sortir du cours de Daubières, à la Sorbonne, elle s'était trop attardée à discuter, avec d'autres étudiantes, une opinion émise par le professeur.
La porte s'ouvrit sous sa main pressée. La salle était pleine; jeunes filles, jeunes femmes, même femmes âgées, assises par groupes autour des tables proprement servies, avec une simplicité monacale, dans la pièce claire, coupée de larges fenêtres. Malgré les vasistas ouverts, l'atmosphère était bien celle d'une pièce où déjeunent une quarantaine de convives; et Claude eut, en entrant, une moue inconsciente, si habituée qu'elle fût à fréquenter ce très modeste restaurant. Des yeux, elle cherchait Lily parmi tous ces visages dont beaucoup lui étaient familiers. Des travailleuses, toutes rassemblées là. De rares ouvrières; mais des employées, et surtout des étudiantes, étrangères en majorité; des Suédoises aux cheveux de soie pâle; des Russes les traits larges, avec des airs de volonté tenace; quelques lourdes Allemandes, des Américaines, d'allure indépendante; des Anglaises garçonnières.