Il y en avait de presque élégantes et de presque misérables, sous l'apparence correcte qu'elles s'appliquaient à garder; il y avait de pauvres visages dont l'épreuve avait à jamais tué la jeunesse. Il y en avait aussi où le travail avait creusé sa farouche empreinte mais qu'animait la sécurité du lendemain; et d'autres encore, ceux des femmes, à l'automne de leur vie,—sur lesquelles pesait déjà l'angoisse du jour approchant où tout labeur deviendrait impossible.

Autour de Sonia, que sa charité rendait très populaire, un petit groupe, tout de suite, s'était formé; des consultations lui étaient demandées qu'elle donnait largement, dans la mesure où il lui était possible.

Lily et Claude continuaient à causer avec Denise Charlannes, qui leur racontait drôlement les potins de théâtre qu'elle apprenait tous chez Bronstedt. Très honnête, elle n'était pas prude, ne s'effarouchait plus de rien, sachant bien que, pour réussir, dans le milieu où sa destinée l'avait conduite, il faut savoir tout entendre. Mais cette journaliste que sa profession obligeait à fréquenter les théâtres, les bouibouis, tous les endroits où s'amuse la foule, cette femme était une admirable mère qui, fièrement, sans secours, élevait ses deux petits.

Quelques jeunes femmes et jeunes filles étaient venues se joindre au groupe, des élèves des Beaux-Arts; et soudain, apparut la belle Rita qui voulait parler à une artiste qu'elle savait une habituée du restaurant coopératif.

A la vue de Claude, elle eut une exclamation joyeuse:

—Ah! ma petite, quelle chance de vous trouver! J'allais vous envoyer un bleu pour vous demander si vous êtes libre le 26? J'ai une soirée où je suis chargée de choisir les artistes. Alors, tout de suite, j'ai pensé à vous. Chez des Russes, gens un peu rasta, à mon avis, mais très cossus. Ça vous va-t-il?

—Cela va toujours, oui... Merci... Je suis vôtre!

—Vous avez commencé les thés chez les de Ryeux?

—Non, c'est pour la semaine prochaine.

Mais ici, Lily, ayant regardé sa montre, rattachait vite son manteau: