—Parce que vous êtes jeune, parce que vous avez un air très... résolu et des yeux qui doivent être avides de voir.
—Raymond, Raymond, interrompit Mme de Ryeux, tu es très indiscret d'inspecter ainsi la personne de Claude! Tout au plus, il t'est permis de regarder ses mains qui savent faire chanter le violon, de manière à me donner des distractions quand je l'entends le dimanche, à la grand'messe.
—Ah! vous jouez du violon, mademoiselle... mademoiselle...
—Mlle Claude Suzore, acheva Mme de Ryeux. C'est vrai, je n'avais pas fini les présentations...
Une curiosité luisait soudain dans les prunelles de Raymond de Ryeux.
—Peut-être vous allez trouver à votre tour, mademoiselle, comme ma mère, que je suis indiscret, si je me permets de vous adresser une question... Mais maintenant que j'ai l'honneur de vous connaître et vous sais musicienne, je jurerais que c'est vous que j'ai entendue jouer ce matin, dans une maison pas bien loin d'ici, devant laquelle piaillaient les jeunes protégées de ma mère... Est-ce que je me trompe?
Claude se souvint de l'invisible promeneur qui lui avait lancé un si enthousiaste bravo et que, dédaigneuse, elle n'avait pas cherché à entrevoir. Le rapprochement l'amusa, et, encore une fois, un léger sourire détendit la ligne fière de la bouche.
—Vous pourriez jurer sans grand risque, monsieur; il n'y a pas beaucoup de violonistes à Capelle...
—Et il n'y en a pas beaucoup, ailleurs, qui jouent comme je vous ai entendue jouer...
Il dit cela tranquillement, comme un fait établi, sans que rien, dans son accent, fît un compliment de ses paroles. Et, le ton non moins détaché, Claude rétablit: