—Alors, chère madame Dancenay, vous voulez bien, maintenant, nous donner le plaisir de vous applaudir?

La voix brève prenait des inflexions presque câlines. Mme Dancenay était tout à fait au goût de Charlotte de Ryeux, à qui elle témoignait une flatteuse déférence.

—Verriez-vous quelque inconvénient, chère madame, à ce que je chante d'abord seule, sans accompagnement de violon?

—Aucun, certes... Faites comme il vous sera le plus agréable!

Claude, aussitôt, s'était écartée, regardant Mme de Ryeux, qui louvoyait parmi ses hôtes; et irrévérencieuse, elle songeait, devant son allure omnipotente et sa marche dandinante, aux oies qui traversent ainsi les routes.

Le petit pianiste avait repris sa place; et les accords qu'il plaqua dominèrent le bruit des conversations.

De nouveau, les regards se braquèrent vers le piano où, très agréable à voir, d'un air de cantatrice amateur, se tenait Mme Dancenay, souriante, inclinant la tête en saluts pleins de grâce à l'adresse des amis ou simples connaissances reconnues dans l'auditoire.

Elle avait une très belle voix, savamment conduite, un peu froide, qu'elle maniait avec une adresse impeccable. Et elle eut un très honorable succès. A tous, elle apportait un réel agrément; même—et ce n'était pas un mince mérite,—à ceux qui ne goûtaient pas les mélodies ultra-modernes dont elle était prodigue.

Pour permettre aux applaudissements et aux petits fours d'accomplir leur mission, il y eut, de nouveau, une pause dans le programme. Puis, avec Claude cette fois, Mme Dancenay reprit son chant. Mais ce n'était pas un simple accompagnement qui jaillissait des cordes vibrantes. Elles aussi chantaient, d'une voix si profondément expressive qu'un peu impatiente, Mme Dancenay murmura:

—Ne jouez pas si fort, je vous prie, vous me couvrez.