Elle avait seulement un peu haussé les épaules à ses paroles.
—Non, je ne suis pas orgueilleuse; en la circonstance, du moins; mais tout bonnement honnête. Je fais ce à quoi je me suis engagée. Est-ce maintenant que je dois jouer de nouveau?
Il secoua la tête d'un geste impatient.
—Pas encore... Vous ne pensez qu'à partir... Alors que moi... me permettrez-vous de l'avouer? je ne pense qu'à vous garder un peu... pour moi!... après vous avoir généreusement abandonnée tout l'après-midi à mes hôtes...
Elle avait eu un mouvement si net pour l'arrêter, qu'il n'insista pas, trop habitué aux femmes pour ne pas comprendre qu'avec celle-ci, il lui fallait n'avancer qu'avec une extrême prudence. Il ne se demandait pas ce qu'il voulait d'elle. Il obéissait à l'attrait violent qu'elle exerçait sur lui. Sans répondre à ses paroles, elle s'était levée, disant:
—Je crains que Mme de Ryeux ne me cherche.
—Eh bien, laissez-la vous chercher! jeta-t-il avec indifférence. Soyez sans inquiétude, elle vous découvrira. Elle est très tenace et arrive toujours à ses fins.
Il avait laissé tomber la riposte avec cette drôlerie gamine qui l'amusait malgré elle, peu habituée à ce tour d'esprit. Mais parce qu'elle n'était plus à l'ombre de la portière, Lola l'avait aperçue et se précipitait vers elle, enchantée d'être désagréable à Raymond, en venant troubler son aparté avec l'artiste qu'il admirait si fort—à tous points de vue... Son intuition de petite fille très expérimentée l'avait vite avertie.
—Mademoiselle Suzore, tout le monde réclame que vous jouiez encore. C'est à vous, n'est-ce pas?
—J'attends le bon plaisir de Mme de Ryeux...