Lola eut une mine enchantée et lança joyeusement une bouffée de sa cigarette. Avec Raymond de Ryeux, elle avait des instincts de petit coq de combat, ravie de triompher de lui, en battant en brèche ses prétentions masculines à l'autorité.

—Parfait, cela! Lotte. Encore une stupidité à l'actif des hommes, cette idée de s'insurger contre notre plaisir à nous habiller de même... sous prétexte que c'est une habitude de grues!

—Cela, c'est vrai, remarqua tranquillement Charlotte. Là-dessus, il a raison. C'est pourquoi, mon petit rat, je n'ai voulu rien dire pour ne pas avoir l'air de lui céder; mais, au fond, je trouvais qu'il valait mieux, tout de même, commander nos costumes un peu différents... Vois-tu, Lolita, ennuyer Raymond, cela n'a aucune importance; mais il est inutile de mettre l'opinion contre nous.

—Oh! l'opinion!... fit Lola avec un haussement d'épaules expressif. Et ses lèvres si pourpres lancèrent une nouvelle bouffée de sa cigarette, à la hauteur de son mépris.

Mais Charlotte de Ryeux tenait ferme à sa réputation mondaine dont le souci ne la quittait jamais.

—Lola, tu es un vrai bébé!... Laisse-moi faire, pour qu'on nous laisse nous aimer en paix. Le public n'a pas besoin de savoir comme nous nous entendons bien. Ça, ne regarde que nous, mon trésor.

—Ça, c'est vrai, ma belle Charlotte...

Le qualificatif amena instantanément un air charmé sur le visage laiteux de Charlotte, qui se plut à caresser les cheveux ondés et soyeux de la petite Argentine.

—Dis, Lolita, fais-toi très jolie, ce soir, pour le théâtre. Je veux que Raymond puisse faire comparaison entre toi et Claude Suzore... Qu'il constate qu'elle n'est pas de notre monde...

—En voilà une chose qui lui est égale! fit judicieusement Lola... Tu sais qu'il va faire de la musique chez elle?...