Charlotte coula un coup d'œil vers son mari. Il était debout au fond de la loge; son regard était posé sur Claude. Et elle pensa, rageuse:

—Eh bien, qu'il la contemple!... C'est tout ce que je lui accorderai d'elle, ce soir! S'il espérait plus, je vais lui infliger un bon petit supplice de Tantale!...

Elle était si affairée dans sa surveillance qu'elle s'étonna de voir le rideau s'abaisser lentement sur la fin du premier acte, dont elle n'avait pas entendu une note.

Et aussitôt, une bruyante rumeur emplit la salle.

—Maintenant, je puis vous dire bonjour, sans me faire gronder, dit Raymond se rapprochant de Claude, lui tendant la main.

Elle donna la sienne qui était dégantée et il posa ses lèvres sur la peau tiède qui sentait la jeunesse et les fleurs, sans avoir conscience que le lent baiser qu'il y appuyait était plus long que ne l'autorisait la simple politesse. Il savait seulement qu'en lui, la tentation criait de laisser sa bouche errer follement sur le bras nu, chercher les lèvres qui, en cette minute, avaient leur mystérieux sourire.

Lola arrivait, amenant sa tante, une lourde Argentine constellée de diamants et de perles. D'autres visiteurs aussi envahissaient l'étroit salon. Mme de Ryeux ne s'appartenait plus. Obligée de recevoir ses hôtes, elle ne pouvait empêcher, entre son mari et Claude, un aparté dont il lui devenait impossible de percevoir les paroles et elle murmura à Lola:

—Va donc troubler un peu le duo, là-bas!

Ravie, Lola se rapprocha. Mais ni lui ni elle n'en parurent gênés; ils discutaient l'opéra nouveau, avec une vivacité de connaisseurs. Distraite, Claude serra la main de Lola qui, d'ailleurs, s'exclamait avec sa fougue coutumière.

—Bonjour!... Vous êtes rudement jolie avec cette robe blanche!... N'est-ce pas? Raymond.