—Que tu m'aimes... je n'en doute pas... Mais je ne suis plus la grande amie à qui tu avais toujours besoin de te confier... Et je cherche pourquoi...

—Élisabeth, oh! Élisabeth, ne cherchez pas! Je ne me confie à personne... C'est vrai, maintenant, moi seule, j'entre dans mon jardin secret. Même devant vous, livrer ma pensée intime, cela me serait aussi impossible que de me mettre nue sous votre regard...

—Claude, Claude, tu dis des folies!... Oh non! tu n'es plus toi!

Claude ne répondit pas. Élisabeth comprit qu'elle réfléchissait. Dans la nuit, son visage apparaissait si ardent et grave...

Au bout d'un instant, elle reprit et son accent était bizarre:

—Que trouvez-vous donc que j'étais? Élisabeth.

—Une vaillante, qui rencontrait la joie dans l'existence laborieuse, droite, généreuse, qu'elle vivait...

—Eh bien?...

—Eh bien, cette joie, j'ai... l'impression... pour ne pas dire la certitude... que tu ne la possèdes plus... ou qu'elle ne te suffit plus... Alors, je voudrais connaître le pourquoi... car je m'inquiète pour ton bonheur...

Encore une fois, Claude ne répondit pas. Les mains croisées derrière la nuque, elle demeurait immobile, adossée au mur, dans le cadre de la fenêtre. Ses yeux contemplaient le ciel paisible. Silencieuse aussi, Élisabeth l'observait; et presque effrayée, elle remarquait le caractère de beauté tragique et ardente qu'avait le jeune visage, dans la pénombre. Ce n'était plus un visage d'écolière studieuse, uniquement absorbée par des travaux intellectuels et artistiques; mais un visage de femme, modelé par une vie intense.