IV
Elle partait ravie du plaisir imprévu; car elle pressentait que cet homme, de mine audacieuse, devait, ainsi que le lui reprochait sa mère, se plaire aux courses folles qui distillent l'ivresse du danger. Et c'était vrai qu'elle aimait tout ce qui était violent. Sa maîtrise d'elle-même voilait une source vive de passion.
Dans la prairie, elle retrouva Mlle de Villebon qui, paisible et consciencieuse, surveillait, comme chaque jour, les ébats de son troupeau. Les petites bondissaient, criaient, venaient la harceler de leurs disputes, de leurs questions, voire même de leurs effusions qu'elle accueillait avec une inépuisable patience. De même que la veille, elle reçut par un sourire de bienvenue, Claude qui arrivait en coup de vent, toute fraîche des vives caresses de la brise.
—Bonjour, Claude. Vous n'avez pas oublié d'aller chez Mme de Ryeux?...
—Chère mademoiselle Cécile, je ne l'ai pas oublié... et j'en ai été récompensée. Mme de Ryeux m'envoie, tantôt, à Jobourg en auto, avec son fils. C'est délicieux, cette promenade!
—En auto?... A Jobourg?... Avec son fils?... Comment, Raymond de Ryeux est ici?
—Juste!... Vous le connaissez?
—Oui... Oh! oui... Certes oui... je le connais...
Claude la regarda, curieuse, voyant qu'elle s'arrêtait.
—Mademoiselle, de quel ton singulier vous me répondez!... C'est un monsieur bon à rien? n'est-ce pas... J'entends un monsieur qui ne fait rien, autrement dit qui ne compte pas!