Sous leur regard, le petit jardin allongeait, paisible, son unique allée, à l'ombre du lilas qui distillait sa senteur, dans l'air fraîchi. Sur le sable, des cailloux luisaient, un peu humides, dans la lueur d'argent du croissant lunaire.

Une horloge invisible sonna dix coups. Claude se dressa, tressaillante, comme une créature qui se réveille.

—Entendez-vous? Élisabeth. Il est déjà tard!... Ma chère grande amie, vous vous plaignez de mon manque de confiance... Et voyez tout ce que je viens de vous dire... bien inutilement.

—Inutilement... pourquoi?

—Parce que je vous ai, je le vois, tourmentée... Et à quoi bon!... Ce soir, j'avais sans doute les nerfs... irrités; et je leur ai dû de vous dire des choses stupides... Vous le savez bien, Élisabeth, qu'il y a des moments où je suis mauvaise!... Ne vous inquiétez pas pour moi... Du moins, pas encore!... Mon orgueil de femme est si fort!... Ah! je vous jure qu'il me garde bien!

—Oui, je le crois..., dit lentement Mme Ronal. Mais combien de temps te gardera-t-il?...

Elle leva les épaules; et l'accent indéfinissable, elle prononça:

—Toujours, j'espère... Mais, Élisabeth, parlons de choses sérieuses... Tantôt, j'ai vu Rita. Elle me propose de faire partie d'une tournée d'une dizaine de jours, très avantageuse, très brillamment composée, dans quelques grandes villes du Midi, Nîmes, Avignon, etc., où il lui a été demandé de chanter... Cela me tente beaucoup d'accepter... Mais j'ai dit à Rita que je désirais votre avis, bien entendu...

—Eh bien, demain, à tête reposée, nous étudierons la question, fit doucement Élisabeth. Ce soir, il me faut beaucoup travailler. Pourrais-tu m'aider en transcrivant ces fiches?...

—Je suis toute à vous, Élisabeth.