Tous plus ou moins insistaient. Claude était vaincue; mais elle objecta:

—Nous n'avons pas de musique...

—Qu'est-ce que cela fait? Vous et moi, nous savons par cœur l'Aria et l'Humoresque. Nous les avons si souvent joués ensemble cet hiver...

—Cet hiver, oui... Mais depuis... Ça va aller très mal...

—Oh! que non! Je suis sûr de vous... Et de moi-même, puisque je joue avec vous...

—Alors... soit... Courons la chance!

Le violon de Claude avait été apporté. Raymond préluda. Sur les cordes, l'archet vibra en un beau son, large et grave.

Et, instantanément, de par la puissance magique de l'harmonie, ils furent seuls, comme aux heures de l'hiver enfui, oublieux des présences étrangères, emportés par le souffle de l'art et de la passion qui, soudain, les enveloppait, pénétrant tout leur être.

Quand ils se turent, la même lueur flambait dans leurs prunelles, invinciblement attirées l'une par l'autre. Des applaudissements les remerciaient; ceux du grand vicaire, enthousiastes; et Monseigneur s'exclamait paternellement:

—Quel beau talent vous avez, mon enfant. Vous ne sauriez assez en remercier le Seigneur!