XXI

Était-ce la chambre inconnue, ses nerfs trop vibrants, la griserie de l'air parfumé, Claude dormit très mal.

Quand la femme de chambre vint frapper à sa porte, à l'heure matinale qu'elle avait indiquée, il y avait bien peu de temps qu'elle venait de s'endormir d'un lourd sommeil. Pourtant, vite, elle se leva et s'habilla, avide d'errer à travers la campagne délicieuse dont elle voyait la jeune verdure s'ouvrir dans la lumière. Et telle était sa hâte d'être dehors, qu'elle ne s'assit même pas pour boire le déjeuner que la femme de chambre avait apporté sur un plateau.

Alors elle descendit dans le parc. Il était solitaire. La plupart des fenêtres apparaissaient closes encore par les persiennes. Seuls, les appartements du rez-de-chaussée étaient large ouverts.

A pleines lèvres, elle but l'air frais. Debout dans une allée inondée de soleil, elle demeurait immobile, allongeant devant elle, d'un geste d'enfant, ses bras nus à demi, pour sentir la chaude caresse sur sa peau.

—Déjà en promenade? dit une voix à ses côtés. Pourquoi ne m'avez-vous pas dit hier soir que vous vouliez, dès l'aube, explorer la Saulaye? J'aurais eu soin d'être prêt à temps pour vous en faire les honneurs...

Les yeux de Raymond de Ryeux l'enveloppaient de leur allégresse triomphante tandis qu'il lui tendait la main. Simplement, elle répondit:

—Cela me tentait de m'en aller seule à l'aventure!

—Est-ce là un avis discret pour que je vous laisse?...

—Non, si vous n'exigez pas que je me comporte en dame bien élevée et vous tienne conversation...