—Claude, ce m'est une torture de voir fuir, si mal employés, ces pauvres instants de solitude près de vous!

Vive, elle tourna vers lui sa tête volontaire, soudain dressée.

—«Claude!» Mais... vous ai-je jamais permis de m'appeler par mon nom? Je ne me le rappelle pas du tout!

Presque rudement, il dit, se rapprochant d'elle, car le sentier devenait plus étroit, fuyant vers une clairière:

—Est-ce que, par hasard, vous vous imaginez que, pour moi, vous êtes la farouche Mlle Suzore qui contemple les hommes du haut de son orgueilleux féminisme?

—Non?... Vraiment non?... Je ne suis pas Mlle Suzore?... Et alors, que suis-je donc?

Elle continuait de marcher lentement, sans plus le regarder. Sa main, au passage, frôlait les feuilles d'un geste inconscient.

—Pour moi, vous êtes la créature unique qui ne ressemble à aucune autre, l'enfant, la femme dont j'ai peur et près de laquelle pourtant, je suis invinciblement ramené... toujours!... Comment avez-vous pu me donner une pareille soif de vous!... dont je ne peux pas me guérir!... Vous avez dormi cette nuit... Moi, ça m'a été impossible! J'étais... ivre, à l'idée que vous vous trouviez là!... près de moi, bien près!... et pourtant si loin!...

Il y avait dans sa voix une sorte de colère; s'il n'avait été absorbé par sa propre pensée, il eût vu qu'elle était devenue très pâle. Mais comme elle continuait à regarder droit devant elle, vers la clairière ensoleillée, il ne pouvait s'apercevoir de l'étrange expression des yeux qui avaient un éclat sombre. Comme si le souffle lui eût manqué soudain, elle respira profondément. Puis, sa voix de contralto devenue presque dure, elle jeta:

—Quelles folies dites-vous donc, ce matin? Ainsi vous parleriez, à la première coquette quelconque, dans votre monde!... Moi, je n'ai jamais été coquette avec vous!...