Lentement, la voix dure, elle prononça les derniers mots; et elle avait la bizarre impression que ce n'était pas elle qui parlait; mais la Claude de jadis, l'enfant élevée par Élisabeth Ronal, qui prononçait, par la force de l'habitude, des mots qu'on lui avait appris... et auxquels elle ne croyait plus...

Avec emportement, il répétait:

—Parce que cela doit être?... Mais qu'est-ce que cela me fait ce qui doit, ou ne doit pas être?... Je ne sais qu'une chose, le besoin que j'ai maintenant de votre présence, de votre voix, de vos yeux, de votre sourire, de la douceur de vos lèvres...

La voix frémissante, elle jeta, l'interrompant:

—Taisez-vous! Taisez-vous donc!... C'est de la littérature tout cela!... Et j'ai l'horreur du roman... Vous feriez mieux d'articuler franchement la vérité... que je ne comprends que trop!... Ah! je le sais ce que vous voudriez... Ce que je ne veux pas, moi!... Et ce qui ne sera pas! Vraiment, si vous pouviez mesurer le mépris que j'ai de vous... Ah! vous perdriez bien l'envie de me revoir jamais plus!

—Claude!... Eh bien, prenez-le, ce droit, de me mépriser!

D'un geste soudain, impérieux, il l'enlaçait... Et sa bouche s'abattit sur les lèvres frémissantes, en un baiser avide, profond... Un baiser lourd sous lequel s'étouffa son cri de colère:

—Oh! c'est indigne!

Elle s'était raidie, cherchant à dérober son visage. Mais il était le maître... Si étroitement, il la tenait, que son effort se brisait... Une brutale défaillance de ses nerfs, tout à coup, l'immobilisa sur la poitrine où elle sentait les battements fous du cœur, sous la caresse des lèvres, qui ne se détachaient pas des siennes...

Du plus intime de son être bouleversé, une pensée montait: