Fiévreusement, elle passait la main sur sa bouche comme pour en rejeter l'empreinte des lèvres qui venaient de les brûler, ainsi que le feu même.
—C'est lâche, ce que vous venez de faire... Oh! que c'est lâche!...
Lui était très pâle. Une lueur flambait dans ses prunelles.
—C'est lâche... Surtout, c'est fou!... Je vous demande pardon... Naturellement, si j'avais réfléchi, j'aurais essayé de mieux me maîtriser... Vous devez me pardonner, Claude, car je vous aime... Ah! je vous aime... misérablement!
—Que voulez-vous que cela me fasse! jeta-t-elle avec une violence orgueilleuse. C'est lâche, lâche, lâche! d'avoir profité de ce que j'étais chez vous... de ce que je marchais confiante près de vous, pour prendre mes lèvres, de force... comme un voleur.
Elle lui lançait les mots au visage, les dents serrées... Et il ne pouvait savoir que, dans tout son être frémissant, il y avait autant de colère contre lui, que contre elle qui avait aimé l'ardente caresse de son baiser.
Les bras croisés, droit devant elle, il la contemplait:
—Vous êtes dure!... C'est que vous ne savez pas... Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est la tentation, pour l'homme!... Croyez-vous donc que, tout l'hiver, je n'aie pas lutté contre cette hantise torturante que vous m'avez donnée de vous? Vraiment, il a fallu, je crois, la surprise de vous trouver ici, pour que je trahisse ma folie!
—Dites votre infamie...
—Une infamie?... Est-ce ma faute, si je suis ivre de vous? Ah! oui! je pourrais le dire, que je regrette... ce qui vient d'arriver. Ce serait une hypocrisie... Non, je ne le regrette pas... J'ai connu une de ces secondes qui se payent de n'importe quel prix... Et ce prix, dans la minute présente, c'est votre colère... Et la soif de vos lèvres... que je n'ose reprendre...