—Non, il faut que j'aille à Capelle chercher mon violon.
—Allons... Je vous attendrai...
Mais elle secoua négativement la tête.
—Pour que mes doigts ne tremblent pas, il faut que je me repose un instant. Ne m'attendez pas. Capelle est si près de l'église que j'irai très bien à pied. Dans trois quarts d'heure, je serai à l'orgue.
—Bien sûr?... insista-t-il, avec une sourde irritation de devoir la laisser partir.
—Mais certainement, bien sûr, je vous ai promis... Puisque nous nous quittons, je vous fais mes adieux et vous remercie encore beaucoup... ah! oui, beaucoup... Cette journée aura été une des meilleures de mes vacances... Et mes regrets aussi d'avoir été peut-être, pour votre goût, trop franche dans mes jugements...
—Habitude salutaire, espérons-le pour ceux qui parlent et pour ceux qui écoutent, riposta-t-il flegmatique, un peu railleur à son tour... Peut-être, un jour, ferai-je mon profit de vos conseils. Car tout arrive!
—Oh! jamais je n'ai eu, dans la cervelle, l'idée de vous donner l'ombre même d'un conseil. A quel titre, grand Dieu!... Au revoir... Et merci encore!
—Au revoir, vous avez dit... Je retiens la promesse... Car, moi aussi, j'ai passé un inoubliable après-midi...
Elle lui avait tendu la main d'un geste de camarade, comme sur la falaise. Cette fois, sans demander de permission, il porta à ses lèvres les doigts dégantés et sa bouche experte appuya un baiser sur la peau tiède.