—Maman! maman!... Le facteur est passé. Est-ce que vous voulez bien que je vous apporte votre courrier?
Mireille apparut dans le cadre de la croisée:
—Non, chéri, ne monte pas. Je descends dans quelques minutes. Je prendrai mes lettres. Ou plutôt, tu me les apporteras sur la terrasse!
Elle savait quel plaisir c’était pour l’enfant, de la servir.
Elle le regarda qui repartait en courant à travers la belle allée du parc où l’automne prochain dorait déjà les frondaisons superbes. Et après qu’il eut disparu, ses yeux errèrent sur le large horizon que, depuis quinze jours déjà, elle ne se lassait pas de contempler.
C’était bien la vraie campagne normande, après Pont-de-l’Arche, voisine de Moulineaux. La Commanderie dominait la vallée de la Seine qui, large et paisible, couleur de jade, descendait vers la mer entre les prairies grasses que hérissaient, çà et là, des silhouettes d’arbres, le clocher effilé de quelque maison de plaisance enfouie dans la verdure.
Voilant encore le soleil matinal, la brume errait à l’horizon, fine comme le bleu gris, très doux, du ciel d’automne.
Ah! qu’elle était bienfaisante, la paix de cette vieille demeure, qu’animaient seuls les rires et les jeux de Jean depuis que Max n’y était plus... Mireille enveloppa d’un regard d’amie les pelouses veloutées autour des massifs en fleurs, les grands arbres dont les branches dessinaient sur le sable des ombres mouvantes...
Puis elle se détourna, et descendit. Dans le vestibule, se promenant de long en large, Jean l’attendait, très sage, le courrier dans ses deux mains.
—Voilà! maman, fit-il avec un bond de plaisir, en la voyant paraître.