—Pour qu’il connaisse le bonheur?... Mais, mère, ce qui me soutient, c’est cette foi qu’il a reçu la récompense de son dévouement! Si je pensais qu’il souffre, je crois bien que je me tuerais pour aller souffrir avec lui! Oh! mère, c’est atroce, votre dogme d’une expiation inévitable!
—Mireille, mon enfant, calme-toi! Pense avec moi que nous pouvons confier celui que nous avons tant aimé, à la Bonté juste et miséricordieuse... Prie pour que l’offrande de ta douleur soit acceptée... Et tu verras quelle consolation c’est de supporter pour lui... Puisque nous ne pouvons plus rien d’autre...
—Oui, mère, je vous comprends, dit tout bas Mireille, dominée par la beauté du sentiment qui soutenait cette mère désolée.
Et en silence, serrées l’une contre l’autre, elles achevèrent leur route vers la Commanderie toute proche, dont la façade grise apparaissait entre les arbres.
Au-devant d’elles, accourait Jean qui faisait sa promenade quotidienne avec l’Anglaise:
—Bonjour! grand’mère... Bonjour! maman. J’ai bien tenu compagnie à grand-père, comme vous me l’aviez recommandé. Mais il disait toujours que ses douleurs lui faisaient très mal.
—Il souffre encore! s’exclama Mᵐᵉ Noris, tout de suite inquiète. Je crois qu’il a raison. L’automne est trop humide pour lui, ici. Il va falloir regagner Paris bien vite.
—Vous le regrettez, mère?
—Pour moi, oui... J’aime à vivre dans la maison où Max a joué tout petit... Et puis j’étais bien heureuse de vous avoir, toi et les enfants... Mais bien entendu, ce sont là des sentiments très secondaires... Avant tout, nous allons voir l’avis du docteur.