—Mais il doit «prétendre» justement, remarqua M. Dabrovine, puisque, par bonheur! l’éclat d’obus ne l’a atteint que d’une façon légère.
—C’est pourquoi j’en suis arrivée à bénir la blessure qui a sorti, un moment, mon cher grand de la fournaise et va me procurer sa présence durant quelques semaines! s’exclama Mᵐᵉ Dabrovine, avec tant de conviction que son mari se mit à rire.
—Ah! Gabrielle, que vous avez donc peu l’âme romaine!
—Vous pouvez dire que je ne l’ai pas du tout... Ces tueries me font horreur!... Autant que les belles phrases sur la gloire de ceux qui pérorent bien à l’abri du danger!... Je ne songe qu’à la paix... Peu m’importe en quelles conditions... Si elle dépendait de moi...
—Chut!... chut! intervint M. Dabrovine avec une indulgence ironique un peu.
Il était habitué à ces sorties; mais il ne les supportait que dans le huis clos; et, pour détourner le cours périlleux de la conversation, il dit à Mireille qui, distraitement, entendait les diatribes de sa mère:
—Nous ne parlons que de nous... Mais toi, ma chérie, es-tu contente de ton gîte?
—Oh! oui. De ma chambre, j’ai une admirable vue de pleine mer... Celle-là même que je souhaitais tant retrouver...
Elle ne poursuivit pas et ses dents nacrées mordirent les lèvres, coupables d’avoir laissé échapper l’inutile confidence, que ne relevèrent ni son père ni sa mère, craignant d’effleurer sa blessure.
En effet, deux ans plus tôt, pendant une permission de son mari, alors au Dépôt, en Bretagne, elle était arrivée à Carantec au hasard d’une excursion sur la côte bretonne; et elle en avait gardé un si lumineux souvenir qu’après son malheur, longtemps, il lui avait semblé que jamais plus elle n’y pourrait revenir seule...