J’avais caché ma tête sur son épaule. Hélas! je sentais comme si je l’avais vue, la surprise désorientée de son regard. Il caressait mes cheveux et s’est exclamé:

—Quelle fantaisie tu as là! mon petit. Nous sommes si bien ici! En cette saison, où veux-tu, grand Dieu! que nous allions!

Il eût bien mieux aimé rester à Paris. Je ne le comprenais que trop bien...

Mais j’étais au bout de mon dévouement et j’ai répété:

—Je t’en supplie, mon Max... Donne-moi ce bonheur! Pense que depuis ton arrivée, j’ai eu, si petite, ma part de ta présence! Et j’ai besoin, vois-tu, mon amour, de t’avoir un peu à moi toute... J’ai besoin qu’aucune présence étrangère ne nous distraie l’un de l’autre... Tu veux bien, dis?...

Ma conviction l’avait-elle enfin dominé? A-t-il été vaincu par la prière de ma voix où tremblait le désir de toute mon âme?... Après un imperceptible silence, il m’a dit:

—Oui, bien-aimée, nous ferons comme tu veux! Et demain, nous partons à la première heure, pour la propriété de mes beaux-parents, La Commanderie, près de Pont-de-l’Arche...

Jeudi.

Je les ai eus, les jours dont la soif me dévorait... Deux jours, où je l’ai retrouvé, tout à moi!... J’avais tellement peur qu’il ne s’ennuie loin de Paris, de ses amis, que j’ai été, je crois, une amoureuse telle qu’il n’avait jamais dû me voir; car il m’a répété plusieurs fois, avec un accent qui me bouleversait:

—Mireille, comment ai-je pu m’apercevoir qu’il existe au monde d’autres femmes que toi!...